La dette fédérale de la Belgique s'élève à

La crise financière n'est pas une crise libérale !
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reflexionPendant que Monsieur Di Rupo s’en va, dans les journaux, cracher son fiel sur le « libéralisme débridé », pendant que Monsieur Reynders, au mépris de toute logique libérale, appelle à davantage de régulation, Liberté Chérie s’assied sur le bord de la route et réfléchit.

Face à la crise financière mondiale, le monde politique s’en est allé réclamer, à l’unanimité, davantage de régulation, sans s’attarder (ou si peu) sur les causes profondes de cette crise. Sans s’apercevoir qu’en réalité, la finance faisait déjà — et fait toujours — l’objet d’une surveillance constante.

Aujourd’hui, plus de 12.000 fonctionnaires travaillent à plein temps à la réglementation des marchés financiers au sein de l’administration fédérale américaine.

A quoi sert donc l’arbitre mondial du marché, le Fonds Monétaire International, dont les statuts précisent, depuis 1973, qu’il est « un instrument de régulation financière et d’aide aux pays en développement » ?

A quoi ont donc servi les interminables législations américaines censées améliorer le transit des flux financiers ? La loi Glass-Steagall (mise en place en 1933, et supprimée en 1999 pour « inadaptation aux marchés financiers »), la loi Sarbanes-Oxley (2002), la Regulation Q (à l’origine de déséquilibres importants du marché financier américain dans les années 60 et 70), la pratique du Fair Value Accounting (obligeant les entreprises à inscrire dans leurs comptes la valeur de leurs actifs en temps réel), ainsi que les multiples amendements apportés au Community Reinvestment Act, ont contribué à fausser les signaux apportés par le marché, cette information si précieuse à tous les acteurs responsables. Le Bank Holding Company Act, adopté par le Congrès en 1956, régule toujours aujourd’hui les actions des holdings bancaires aux États-Unis. Il compte plus de dix mille pages ! Elles sont venues s’ajouter aux 70.000 feuillets qui ont grossi la réglementation dans les années qui ont suivi le vote de la loi Sarbanes-Oxley. Entre 1990 et 2007, les dépenses des agences fédérales régulant le monde financier ont augmenté de 43% hors inflation[1].

Et que dire alors de la politique hasardeuse de la Fed, la maîtresse de la planche à billets qui, en l’espace de deux ans seulement, a baissé ses taux d’intérêt de 6,5% à 1%, ouvrant la voie au crédit facile et au surendettement de millions de ménages[2] ?

Que penser, enfin, des instances de régulation et de surveillance qui, en Belgique, n’ont rien vu venir ? Qui a réagi lorsque, en juin 2008, la Banque Nationale de Belgique[3] et son gouverneur mieux rémunéré que celui de la Fed dénichèrent environ 80 milliards d’euros d’actifs risqués dans les banques belges ? Comment se fait-il que deux mois plus tard[4], le ministre des Finances, le président de la Commission Bancaire, Financière et des Assurances (CBFA)[5] et le CEO de Dexia affirmèrent la bouche en chœur que les banques belges ne présentaient aucun problème de liquidités ? Les vigies avaient vraisemblablement encore la tête en vacances…

Parce qu’elle bénéficie du monopole de création de monnaie et de fixation des taux d’intérêt, la Federal Reserve est la principale responsable de la crise financière mondiale. En inondant le marché de dollars américains, cet acteur indépendant du marché libre a incité les acteurs financiers à prendre des risques incalculables. Comme l’a affirmé le commissaire européen Charlie McCreevy[6], ce n’est pas un manque de régulation qui a précipité la crise. C’est une mauvaise régulation qui a  contribué à l’exacerber. Même les socialistes les plus éclairés finirent par l’admettre[7] !

Eh oui, les régulateurs peuvent aussi commettre des erreurs ! Des élites déconnectées de la réalité économique ont joué avec l’argent et les taux d’intérêt. Cette irresponsabilité, c’est l’intervention de l’État qui l’a provoquée. Personne ne s’étonnera, dans ce contexte, de voir, comme l’ont écrit avec justesse de nombreux commentateurs, « des apprentis sorciers jouer à l’économie casino ». Pour arriver à faire croire à des millions d’individus qu’il était possible de s’enrichir sans produire de richesse, de posséder sans travailler, de dépenser sans compter, il faut vraiment que la crise financière ait fait perdre au monde le sens des valeurs essentielles.

Liberté Chérie déplore que la quasi-unanimité du monde politique belge — y compris parmi ceux qui se revendiquent « libéraux » — tienne un discours aussi démagogique sur une question aussi grave et qui nous concerne tous.

Liberté Chérie s’interroge sur la crédibilité de nos « élites » à tirer les bonnes leçons de la crise, en cette période préélectorale où les slogans et les escarmouches remplacent le bon sens et la véritable réflexion.

Enfin, Liberté Chérie s’inquiète de voir la crise financière servir de nouveau prétexte à l’interventionnisme et au bridage de la liberté de commerce. Faut-il attendre qu’éclate une nouvelle bulle pour que le monde politique prenne enfin conscience de son immense part de responsabilité dans ce gâchis mondial ?



[1] Ces chiffres, et bien d’autres, sont tirés d’une étude exhaustive du Mercatus Center de la George Mason University (Véronique de Rugy, 1er août 2008), qui décortique chaque année le budget fédéral du gouvernement américain.

[2] Le crédit est une consommation reportée. Sur un marché non régulé, l’offre et la demande de crédit fixent automatiquement le niveau des taux d’intérêt. Mais lorsque ce taux est manipulé par les banques centrales, au gré des politiques décidées par les gouvernements pour « soutenir le marché », on assiste à la création d’argent facile, à l’endettement généralisé et à la création d’une bulle qui éclatera au moindre pépin. Les économistes autrichiens parlent de « malinvestissement ». Dans son ouvrage Greenspan’s Fraud : How Two Decades of His Policies Have Undermined the Global Economy, Ravi Batra (mais il n’est pas le seul) met le doigt sur les erreurs commises par l’ancien gouverneur de la Fed.

[3] Dans son rapport Financial Stability Review 2008 : synthèse

[4] Le 21 septembre, sur le plateau du débat dominical Mise au Point (RTBF).

[5] La CBFA a pour missions le contrôle « prudentiel » des établissements financiers, le contrôle de l’information et du fonctionnement des marchés financiers et le contrôle du statut d’autres professionnels du secteur financier (courtiers, agents et sous-agents).

[6] Le 1er octobre 2008 lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

[7] Les propositions des Gracques pour la nouvelle régulation mondiale, 12 novembre 2008. On peut y lire ce passage : « Ce n’est pas la crise finale du capitalisme. Ce n’est pas la remise en cause de l’économie de marché. Ce n’est même pas seulement une crise de la dérégulation. »

 

Ecrit par Jean-Michel Riccard le 03/01/2009 à 11:16:07



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