Le président tchèque, Vaclav Klaus, a discouru jeudi devant le Parlement européen, s’attirant les foudres des parlementaires : chahut, huées et départ précipité d’une partie de l’assemblée furent les expressions de mécontentement des « élites » politiques bruxelloises.
Ce discours, pourtant, n’était pas extrême. Revenant à la fois sur les points positifs et négatifs de l’Union européenne, il pourrait même servir de base de réflexion au sujet de l’avenir européen. Liberté Chérie vous propose de découvrir les thèmes abordés, citations à l’appui.
Vaclav Klaus commença tout d’abord par démontrer qu’il n’était pas eurosceptique. Affirmant que la République tchèque n’avait pas d’autre alternative que l’adhésion à l’Union européenne, il énuméra les deux points positifs que celle-ci engendrait pour les individus :
- « l’élimination des barrières inutiles et contre-productives pour la liberté humaine et la prospérité concernant la circulation des personnes, biens et services, idées, philosophies politiques, schémas culturels et modèles de comportement qui se sont constitués au cours de l’évolution historique pour des raisons les plus différentes dans chaque pays européen » ;
- « la gestion commune des biens publics existant au niveau du continent, donc celle de tels projets qui ne pourraient pas être réalisés sur la base exclusive de négociations entre deux (ou bien plusieurs) pays européens voisins. »
Néanmoins, poursuivit-il, « il est faux de considérer l’état actuel de l’organisation institutionnelle de l’UE comme un dogme non critiquable à jamais. » Klaus revint alors sur les problèmes de l’Union européenne et les solutions qui pourraient y être apportées.
- Déficit démocratique du système européen
« Le système actuel des prises de décision dans l’Union européenne est un système différent de celui qui a été confirmé et éprouvé par l’histoire, de la démocratie parlementaire classique. Le système parlementaire repose sur une partie soutenant le gouvernement et sur une partie d´opposition, ce qui n’existe pas dans le Parlement européen. Une seule alternative y est imposée et celui qui cherche une alternative est considéré comme adversaire de l’intégration européenne. Il n’y a pas longtemps que nous avons vécu dans notre partie de l’Europe sous un régime politique où toute alternative n’était pas admissible et, en conséquence, aucune opposition parlementaire n’existait. Nous avons fait cette amère expérience que l’absence d’opposition signifie la perte de la liberté. C’est pourquoi des alternatives politiques doivent exister.
Également, le rapport entre le citoyen de n’importe quel État membre et le représentant de l’Union n’est pas un rapport standard entre un électeur et un homme politique qui le représente. Outre cela, il existe entre les citoyens de l’Union et leurs représentants une distance (et il ne s’agit pas seulement d’une distance au sens géographique) qui est beaucoup plus grande que celle à l’intérieur des États membres. Ce fait est désigné par termes différents – déficit démocratique, perte de responsabilité démocratique, prise de décisions par les non élus qui font partie de l’élite, le caractère bureaucratique des prises de décisions, etc. »
- Principe de subsidiarité
« Des décisions prises au niveau de Bruxelles sont sûrement plus nombreuses qu´il serait optimal. Certainement, les décisions y sont prises plus souvent que les citoyens des pays européens le demandent. Mesdames et Messieurs les Parlementaires, je crois que vous êtes assurément conscients de ce fait. C’est pourquoi je vais vous poser une question rhétorique : êtes-vous sûrs – lors de tout vote – en décidant d’une affaire, que cette affaire doit être résolue justement dans cette salle et non dans un endroit plus près des citoyens, donc à l’intérieur des États européens ? »
- L’économie de marché est primordiale et l’Union européenne s’en détourne
« L’un ou l’autre arrangement institutionnel de l’Union européenne n’est pas le but en soi mais le moyen pour atteindre de vrais objectifs. Ceux-ci ne sont que la liberté humaine et une organisation économique telle qu’elle puisse assurer la prospérité. C’est le cas de l’économie de marché. »
Et Vaclav Klaus fit ensuite deux choses exceptionnelles : (1) rappeler dans une enceinte parlementaire que la crise financière est due à la régulation politique et (2) évoquer Bastiat au Parlement européen.
« Il faut dire sincèrement que le système économique actuel de l’UE est celui de l’oppression du marché et du renforcement continu de la gestion centrale de l’économie. Bien que l’histoire nous ait prouvé plus que suffisamment que ce n’est pas la bonne direction à prendre, nous la reprenons de nouveau. Le taux limitant la spontanéité des processus de marché et celui de la réglementation politique ne cessent de croître. C’est aussi l’interprétation erronée des causes de la crise financière et économique qui contribue à ce développement, dans les derniers mois, comme si la crise était due au marché, tandis que sa cause véritable consiste justement dans le contraire – elle a été causée par la manipulation politique du marché. »
« Beaucoup de vous connaissent certainement le nom de l’économiste français Fréderic Bastiat et sa célèbre Pétition des fabricants de chandelles, qui est devenue un texte connu et aujourd’hui déjà classique dans les manuels démontrant l’absurdité de l’ingérence politique dans l’économie. Le 14 novembre 2008, la Commission européenne a exaucé la pétition réelle et non fictive des fabricants de chandelles en grevant les chandelles importées de Chine de droits de douane de 66%. Je ne croirais pas qu’un texte littéraire écrit il y a 160 ans, puisse devenir une réalité, mais cela est arrivé. La conséquence inévitable de la prise de telles mesures est le retard et le ralentissement économique de l’Europe, voire le freinage de sa croissance économique. La solution ne consiste que dans la libéralisation et la dérégulation de l’économie européenne. »
Liberté Chérie fait siens les propos de M. Klaus. Reconnaissant certains bienfaits à la construction économique européenne (les libertés de circulation), Liberté Chérie s’interroge néanmoins sur la tournure politique que prend progressivement la machine européenne, dont le système électif est balbutiant, dont la bureaucratie et l’éloignement des individus sont de plus en plus évidents, dont la politique actuelle va à l’encontre des principes édictés lors de sa création (économie de marché et principe de subsidiarité).