La dette fédérale de la Belgique s'élève à

Enseignement : médiocre programme d'Ecolo

Bien des gens se réjouissent de voir les partis francophones progressivement rejeter le PS et son système vers la porte de sortie. Si les socialistes vont dans l’opposition, la démocratie et la lutte contre la corruption seront sorties vainqueurs du scrutin du 7 juin. Mais quid de la Liberté ?

D’après les derniers sondages, il semble fort probable que la Belgique francophone assiste à un raz-de-marée vert dimanche prochain. Ecolo, grâce à son intégrité et au dégoût inspiré par les autres partis, va s’imposer comme un indiscutable lors de la formation des prochains gouvernements régionaux et communautaires. Si l’apport des verts en matière d’éthique peut être bénéfique à la Région wallonne, à la Région bruxelloise et à la Communauté française, il ne le sera peut-être pas à propos d’autres thématiques électorales. Souvenez-vous des gouvernements arc-en-ciel…

3/10 pour EcoloEn matière d’enseignement, thème sur lequel Liberté Chérie insistera cette année, Ecolo ne risque-t-il pas d’emboîter le pas à la majorité actuelle ? Avec Ecolo au gouvernement, l’enseignement francophone verra-t-il son carcan réglementaire se desserrer quelque peu ou étrangler plus encore ? Je vous propose d’observer ensemble quelques points repris dans le programme des verts.

(1) Mixité sociale

En Communauté française, la dernière législature fit parler d’elle au sujet des inscriptions dans les établissements scolaires. Décret Arena, décret Dupont : la classe dirigeante s’illustra par son mépris des parents, son désintérêt des droits individuels et son manque de bon sens.

Dans son programme, Ecolo souligne à raison « la façon contreproductive avec laquelle le Gouvernement a décrété en la matière et l’ampleur des effets pervers des dispositifs choisis : aux files du décret « Inscriptions » ont succédé une loterie et des « enfants sans écoles » ; et ce, sans parler du casse-tête administratif pour les directions. » Cela ne l’empêche pourtant pas d’estimer les objectifs socialistes de « louables » et d’évoquer également une « augmentation progressive de la mixité sociale » : la Communauté française doit « réellement atteindre un objectif d’hétérogénéisation de nos écoles ». Cependant, Ecolo ne sait pas comment procéder. Voilà un joli paradoxe : Ecolo dit approuver l’imposition par le gouvernement d’une certaine mixité sociale dans les écoles, affirme en outre que ce système doit être renforcé au cours de la prochaine législature… mais ne prévoit ni la mise en œuvre pratique des mesures annoncées ni la moindre solution concrète pour régler les problèmes présents et futurs en matière d’inscriptions. Cela manque de sérieux.

Par ailleurs, les verts se rendent compte – à raison – que la mixité qu’ils veulent imposer engendrerait pour les élèves plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait (retard scolaire, enseignement tiré vers le bas, etc.). Pourtant, seules des charges supplémentaires et coûteuses (remédiation, plusieurs enseignants par classe) et des formules creuses, genre « formation pratique en pédagogie différenciée », sont proposées comme solutions.

(2) Dépenses supplémentaires

Si Ecolo parvient au pouvoir en Communauté française, il est probable que de nouvelles dépenses publiques voient le jour dans l’enseignement francophone : les verts ont, en effet,  beaucoup de « plans » en tête pour celui-ci.

Prenons, par exemple, le plan de soutien et d’action en faveur des écoles qui accueillent les élèves les plus faibles (« fragilité sociale, langue maternelle différente de la langue d’enseignement, relations élèves-adultes tendues, … »). Il « se caractérisera (…) par l’apport de moyens nouveaux. Comment ? Notamment par l’accroissement de la solidarité entre les écoles. Ecolo entend en effet renforcer le pourcentage des subventions de fonctionnement mis en commun et ensuite redistribuer de manière différenciée. »

En outre, les écologistes promettent d’octroyer des moyens pour l’innovation pédagogique.

D’autre part, ils veulent permettre aux jeunes enseignants de pouvoir « diminuer, sans perte de salaire, le temps de travail en classe face aux élèves (…), de sorte qu’ils entrent doucement mais sûrement dans leur nouveau métier. » Le coût indirect d’une telle mesure sera l’engagement de nouveaux professeurs.

Enfin, les verts veulent tendre vers la « gratuité réelle » du système d’enseignement. Si, de fait, des frais scolaires sont encore à charge des parents à l’heure actuelle, Ecolo oublie qu’il n’y a pas et qu’il n’y aura jamais de « gratuité réelle » de l’enseignement. En effet, le personnel, les matériaux de cours et les bâtiments ne sont pas et ne seront jamais gratuits. Ils ont un coût. Ce coût est actuellement supporté par la collectivité, donc par l’impôt. En voulant accroître la prise en charge par l’État de frais scolaires, Ecolo annonce d’emblée la couleur : il y aura des augmentations d’impôts.

(3) Un élève ≠ un élève

Ecolo se vante d’avoir inspiré le décret sur le subventionnement différencié, qui « rompt (…) pour la première fois avec le principe selon lequel un enfant égale un enfant ». Pour les écologistes, l’État doit consacrer plus d’argent à l’enseignement de certains jeunes qu’à celui d’autres enfants : « les écoles qui ont des besoins plus importants du fait de la caractéristique de leur population reçoivent ainsi plus d’argent ».

(4) Plus d’autonomie pour les pouvoirs organisateurs ?

Selon les écologistes, la « Communauté française ne peut continuer d’exercer deux rôles à la fois : celui de régulateur et celui de pouvoir organisateur. Cette situation l’amène à être juge et partie pour toutes les écoles qu’elle organise. »

Par ailleurs, « Ecolo entend, par l’arrêt de l’inflation législative (conséquence d’une hypercentralisation des politiques éducatives), réduire sensiblement le nombre de circulaires ministérielles qui s’amoncellent sur les bureaux des chefs d’établissement. »

Ces phrases, surprenantes sous la plume de la gauche belge, permettront peut-être aux libéraux d’espérer une petite avancée en matière d’enseignement, en cas d’alliance entre Ecolo et MR après le 7 juin. Plus d’autonomie pour les pouvoirs organisateurs et directeurs d’école, voilà une mesure qui irait dans le bon sens ! Néanmoins, la prudence reste de mise. En effet, le rôle de « régulateur » de la Communauté française est tellement conséquent qu’il empiète terriblement sur celui de « pouvoir organisateur ». Simplement distinguer ces deux rôles ne s’avère donc pas suffisant : outre une réduction du nombre de circulaires ministérielles, il faudra aussi diminuer drastiquement le volumineux ensemble de dispositions légales et réglementaires en la matière.

(5) Divers

Le programme des verts se transforme aussi, comme celui des autres partis, en catalogue de bons sentiments. Ainsi, il est prévu de favoriser l’accès des handicapés et des étudiants étrangers à l’école, de lutter contre l’échec scolaire, d’améliorer la qualité de la nourriture à la cantine, etc.

Ecolo réinvente en sus les valeurs basiques de l’école. Preuve de la baisse de niveau de l’enseignement francophone depuis des années, les écologistes, voulant « ajuster les contenus scolaires aux enjeux d’aujourd’hui », formulent trois propositions : « assurer à tous la maîtrise du français », « rendre l’apprentissage des langues accessible à toutes et tous » et « intégrer le support multimédia ».  

De plus, les verts proposent d’avancer l’âge du début de l’obligation scolaire. Selon eux, les élèves qui n’ont pas fait leurs maternelles sont désavantagés scolairement par rapport aux autres. « Dès lors, en vue de favoriser pour l’ensemble des enfants une fréquentation régulière et précoce de l’école, Ecolo préconise, d’une part, un abaissement progressif de l’âge de l’obligation d’inscription scolaire à 3 ans et, d’autre part, un abaissement de l’obligation de fréquentation scolaire à 5 ans. »

Enfin, divers thèmes verts fleurissent dans le programme : « mobilité scolaire durable », économies d’énergie pour les bâtiments scolaires, etc.

 

En conclusion, il appert que, si les verts voient en partie certains problèmes de l’enseignement actuel (lourde réglementation, manque d’autonomie des directeurs et pouvoirs organisateurs, mauvaise régulation), d’autres leur échappent encore (manque de concurrence entre établissements, fonctionnarisation de la profession d’enseignant, système laxiste vis-à-vis des mineurs). De par ce fait, Ecolo envisage de poser des actes qui, loin de sauver le système, l’enfonceront encore plus dans la médiocrité.

De façon plus générale, on peut aussi deviner que, en éjectant certains mandataires pour les remplacer par des clones idéologiques, les électeurs francophones changeront juste la composition des gouvernements, pas l’idéologie qui les meut. Pour rappel, les écologistes disaient dans leur programme 2007 qu’ils souhaitaient quitter l’économie de marché.

 

Pour en savoir plus :

Propositions de Liberté Chérie en matière d’enseignement

Programme d’Ecolo

Programme d’Ecolo pour l’école

Programme d’Ecolo pour l’enseignement supérieur

Ecrit par Olivier Defourny le 02/06/2009 à 21:52:58


Juste; excellent! Très bonne analyse et tu ne les manques pas. Si tu disposes de temps libre, ce serait génial d'effectuer une même analyse pour les autres partis. (un peu comme tu faisais sur ton blog en fait)
Ecrit par El Mouhafidi Youness le 02/06/2009 à 23:55:55
Malheureusement, ce ne sera pas possible, faute de temps. J'ai choisi Ecolo car c'est le seul parti quasi-assuré de figurer dans les prochains gouvernements.
Ecrit par Olivier le 03/06/2009 à 17:58:05

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