
À lire les déclarations de ces derniers jours, nul ne peut plus occulter la crise identitaire qui traverse le MR. Entre les partisans d’un « libéralisme social », les défenseurs d’une ligne « populaire » et les derniers dinosaures « réformateurs », il est difficile de tracer une ligne convergente. Les Estivales du Mouvement Réformateur, ce samedi, devraient offrir l’occasion à tous de s’exprimer sereinement sur le travail de refondation à accomplir après la récente défaite électorale.
Pour les observateurs politiques comme pour les orthodoxes gardiens de la doctrine, il faut toutefois se rendre à l’évidence : le MR n’a plus rien de libéral, si tant est qu’il ait un jour eu l’audace de s’en revendiquer ouvertement. Les réformateurs ne réforment rien. Bien au contraire, ils acceptent comme une évidence la régulation des libertés économiques, ils encouragent l’intolérance et la discrimination, oubliant par là même l’essence de leur philosophie.
La prise de position de certains mandataires MR sur la burqa est éclairante. Interdire le port d’un vêtement pour des considérations de sécurité publique, c’est nier les fondements de la liberté. Vouloir imposer certaines valeurs au détriment de celles soi-disant portées par une communauté majoritaire, c’est jouer le jeu des ayatollahs de la pensée. Il est symptomatique de constater qu’en avançant des arguments opposés à l’interdiction de la burqa, Henri Goldman — un intellectuel de gauche — défend bien mieux les idées libérales que Christine Defraigne ou Denis Ducarme.
Il faut aussi souligner l’absence quasi totale de pédagogie durant la dernière campagne électorale. Tandis que la gauche se répandait dans les médias pour conspuer la crise « libérale », combien de libéraux dignes de ce nom se sont-ils levés pour expliquer calmement que la finance figurait parmi les secteurs les plus régulés au monde ? Que des lois votées par les membres du Congrès, sous différents gouvernements américains, ont contribué à fausser le jeu du libre marché immobilier aux Etats-Unis ? Quel libéral a tenté d’expliquer clairement aux électeurs que les garde-fous mis en place par différents gouvernements belges ont tous échoué à prévoir une crise que des économistes prestigieux — et libéraux — avaient annoncée avec un demi-siècle d’avance ?
Comme il eut été facile de retourner les slogans socialistes en s’appuyant sur les faits ! Mais à l’exception d’une ou l’autre sortie timide, aucun élu du Mouvement Réformateur n’a osé critiquer la version socialiste. La campagne électorale s’est jouée en dessous de la ceinture, alors que les citoyens aspiraient justement à davantage de pédagogie.
Ce rendez-vous avec la vérité, le MR l’a manqué. Il ne suffit pas, pour gagner une élection, d’attendre que l’adversaire trébuche. Il faut au contraire faire preuve d’une insolente fierté face aux idées que l’on défend. Or, les faits démontrent que personne, dans les rangs du MR, n’a défendu les véritables idées libérales. C’est probablement ce qui explique sa défaite dans les urnes.
Voilà pourquoi, au nom des hommes et des femmes attachés à l’idéal libéral et libertarien, Liberté Chérie appelle les dirigeants du MR à abandonner toute référence à l’utopie libérale. Le libéralisme, cette philosophie engagée dans une lutte interminable contre les formes de coercition, aura tout à y gagner.