En congrès ce samedi, Rudy Aernoudt et son parti Lidé ont plaidé une nouvelle fois pour la limitation des allocations de chômage dans le temps. Le Sénateur MR Alain Destexhe, partisan de longue date de cette idée, a toutefois réagi en avançant que cette réforme n’était pas à entreprendre en période de récession économique.
Alain Destexhe a raison lorsqu’il dit que les effets des barrières à l’entrée fiscales et réglementaires au marché du travail se feront encore plus ressentir en période de basse conjoncture. De son côté, Rudy Aernoudt ne se trompe pas en pointant les incitations perverses créées par notre système d’indemnisation du chômage comme causes partielles du chômage de masse. Le graphique suivant vient à l’appui de cette thèse :

On y voit qu’aux Etats-Unis (où l’indemnisation du chômage est limitée à six mois), la probabilité qu’un chômeur retrouve un emploi triple voire quadruple dans les deux dernières semaines d’indemnisation. On peut conclure de ce graphique qu’une limitation à deux ou trois ans d’indemnités, comme le propose Aernoudt, serait loin de résoudre tous les problèmes, puisque les chômeurs (statistiquement) ne se battraient pas réellement pour trouver un emploi avant les toutes dernières semaines d’indemnisation.
Les partisans de la limitation du chômage dans le temps sont souvent également favorables à un système de "contrôle des chômeurs" qu’on a commencé à appliquer en Belgique il y a quelques années. Ce contrôle est très difficile, voire impossible, à réaliser et génère une kyrielle d’effets pervers. Les recruteurs, par exemple, sont de plus en plus confrontés à des candidats qui cherchent un cachet ("prouvant" leur recherche active) plutôt qu’un emploi...
Tenter de mettre fin aux abus à l’assurance chômage est tout à fait louable et nous partageons entièrement cette volonté. Mais les solutions envisagées ne vont pas dans la bonne direction. Nos politiciens seraient plus inspirés d’aller voir au Chili, qui a réformé son système en 2002 en mettant en place les Comptes Epargne Chômage.

Dans ce système, les cotisations sociales chômage n’alimentent plus une caisse publique mais des Comptes Epargne individuels. Lorsqu’un salarié perd son emploi et doit se lancer dans la recherche d’un nouveau, sa période d’inactivité est financée par sa propre épargne, accumulée via ce compte dédié.
Pensez-vous que le premier graphique aurait la même allure si les chômeurs vivaient sur leur propre compte ? Poser la question, c’est y répondre. Ce système, basé sur une simple épargne obligatoire, a donc le mérite de supprimer les incitations perverses (ce que les économistes appellent "aléa moral" et Jean-Marie Dedecker "profitariat") inhérentes aux systèmes publics collectivisés.
Le Chili est célèbre pour sa réforme des retraites du début des années 1980, basée sur les Comptes Retraite Individuels et copiée par de nombreux pays en développement (le modèle "Pinera"). Espérons que sa réforme de l’indemnisation du chômage, fondée sur le même principe qui relie la récompense à l’effort, rencontre le même succès.
Pour approfondir le sujet des Comptes Epargne Chômage (en anglais) :
http://www.heartland.org/policybot/..._for_a_21st_Century_Economy.html
http://www.ncpa.org/pub/st/st274/