Les échecs du numerus clausus en médecine et dentisterie, ainsi que les flops du décret « files » et du décret « Lotto », ne suffisent décidément pas à nos planificateurs en chef de l’enseignement francophone. Voici venir à grandes enjambées le décret « bassin » qui, soyons-en sûr, ne fera qu’aggraver la situation existante.
Le but de Christian Dupont est apparemment louable : revaloriser l’enseignement technique et professionnel, que ses prédécesseurs ont laissé dans un état de décrépitude avancé. Le constat est bon, mais au lieu de s’attaquer aux racines du mal, le ministre fait tout l’inverse. Il estime nécessaire d’adapter artificiellement l’offre scolaire à la demande, et donne pour mission aux organismes d’insertion (parmi lesquels le Forem, dont la fonction première est, justement, de faire concorder l’offre d’emploi avec la demande !) « d’identifier les besoins locaux et d’inciter les écoles à adapter leur offre ».
En imposant à coups de subsides son nouveau décret, Christian Dupont part du principe :
- que le marché de l’emploi est figé, et que des filières aujourd’hui porteuses le resteront dans trois ou quatre ans ;
- que les jeunes en quête de travail sont incapables de parcourir plus de trente kilomètres pour aller travailler ;
- que la concurrence entre établissements scolaires proposant les mêmes formations est néfaste.
Liberté Chérie pense au contraire :
- que de prédire l’état du marché de l’emploi à court terme reste très aléatoire, malgré les nombreux obstacles législatifs qui freinent son évolution naturelle ;
- que former les jeunes en fonction de la demande locale disponible, alors que certaines sous-régions flirtent avec les 20% de chômage, relève de l’inconscience politique ;
- que la concurrence entre établissements contribue à l’émancipation des élèves et au perfectionnement des filières.
En Communauté française, les plans annuels s’assimilent presque aux tristement célèbres plans quinquennaux de l’ère soviétique. Les écoles techniques et professionnelles, fréquentées essentiellement par des élèves à qui la réforme du « rénové » n’a pas laissé le choix, risquent de devenir demain les nouvelles lignes de production desquelles sortiront, à un rythme régulier, ici 25 jeunes coiffeurs, là 31 carrossiers, là-bas 18 électriciens. Ce dirigisme provoque des pénuries et des catastrophes économiques. Avec ce décret « bassins », les chiffres du chômage ne sont pas encore près de baisser.
Notre position sur l’Enseignement
de Jean-Michel Riccard