La vie privée est-elle encore respectée par l’État à l’heure actuelle ? Rien n’est moins sûr. Nous venons en effet d’apprendre que les demandes de mises sur écoute ont progressé de 35 p.c. entre 2007 et 2008. L’an passé, presque 5000 demandes en ce sens ont été introduites auprès des autorités judiciaires compétentes. Cela représente une moyenne supérieure à 13 demandes par jour, pour le seul territoire belge.
Non content de voir l’État piétiner une des valeurs les plus représentatives du monde libre, le député Paul Wille, de l’Open-VLD, a attiré l’attention du Ministre de la Justice sur le fait que certains moyens de communication échappaient encore et toujours à son emprise. Dans une question parlementaire, il s’est en effet ému de l’existence du programme Skype. « Une conversation par le biais de Skype est codée de manière tellement complexe qu’il est très difficile de l’écouter. En outre, il s’agit d’une application liée au réseau IP considérée d’un point de vue légal non pas comme une écoute classique mais comme un piratage. Les développeurs de Skype refusent de communiquer aux autorités les codes du système de cryptage. » Et, comme l’illustre le député, Skype regorge de nombreux criminels parmi ses utilisateurs : « la police italienne notamment a entendu une personne soupçonnée de trafic de cocaïne conseiller le service vocal IP à un complice. »
La réponse du Ministre De Clerck, visiblement scandalisé par l’outrecuidance de Skype, ne s’est pas fait attendre. (Enfin, techniquement si, puisqu’elle fut communiquée presque quatre mois après la fin du délai de réponse réglementaire.) L’ancien Président du CD&V a ainsi annoncé l’arrivée prochaine d’un cadre légal permettant l’écoute des conversations sur Skype. Un nouvel arrêté royal rendra ce type d’écoutes possible en obligeant les opérateurs internet à apporter leur collaboration technique.